Tendance printemps-été 2010 : le chapeau culottéChaque matin, quelle que soit la saison, quelle que soit la couleur du ciel, elle me pose la question, avec l'éternel espoir d'entendre Oui, s'imaginant déjà tourner et marcher en tenant un pan, vérifier d'un petit coup de main que les liens noués dans son dos ne sont pas défaits, cherchant à s'admirer dans le miroir de l'entrée avant d'enfiler son manteau... Elle aime les robes et surtout celles qui me faisaient rêver quand je n'avais que deux petits garçons et que je sentais le désir de froufrous et dentelles défier les lois de la sobriété. Sa grande soeur a peu porté de pantalons et sa garde-robe frôlait le scandale, comptant des tenues de toutes sortes, ornées de croquet, de cols ronds, de manches ballon ou de smocks. J'avais bien conscience qu'elle ne pouvait pas grimper au toboggan aussi facilement que les autres petites filles et que la voir jouer dans le sable avec ses robes à smocks avait un petit air anachronique. Je reconnais avoir joué à la poupée pendant plusieurs années, assortissant toujours les barrettes aux tenues.
Et puis elle est née, cette deuxième petite fille. Et l'envie de froufrous s'est dissipée. Je la trouvais craquante en bloomer et petite guimpe. Je la voulais à l'aise dans ses mouvements aussi bien que dans l'écharpe qui nous liait l'une à l'autre. Longtemps, elle a eu ce petit air gavroche, avec des cheveux qui ne poussaient pas et ses grands yeux noirs. Je la trouvais presque déguisée quand je lui faisais porter une robe qui avait appartenu à son aînée. Désormais, elle est grande et elle le dit. Ses goûts sont bien affirmés et je les trouve plutôt bons, étonnamment classiques. Elle apprécie les broderies discrètes, les détails raffinés et les couleurs assorties. Mais par-dessus tout, elle aime les robes, celles qui me font moins envie qu'il y a sept ans, quand je tenais dans mes bras ma toute première petite que je voulais tellement fille. Chaque robe portée est soumise au test du tour, celui qui fait gonfler l'étoffe et laisse le vent caresser les jambes, qui donne un petit air de princesse qui valse dans la salle de bal... Elle les appelle ses "robes de fête".Je ne lui avais rien promis. Elle ne sait rien des robes de sa soeur qui seront siennes cet été et j'entends déjà ses cris de joie en voyant ses rêves se réaliser. Elle pourra même se changer tous les jours pendant près de trois semaines sans jamais porter la même tenue. C'est un peu honteux, mais j'ai toujours su que le temps courait plus vite que les petites jambes des enfants, alors j'en ai profité comme j'ai pu, comme j'ai voulu. Sur une des pages de mon carnet bleu, celui dans lequel je griffonne mes idées, mes pensées et quelques maux, j'avais posé les bretelles croisées sur son dos nu, les fronces et le joli noeud, le croquet blanc tout autour de l'empiècement ainsi qu'au-dessus de l'ourlet. Une vraie robe de petite fille, comme je n'en ai jamais cousu pour la grande, une robe qui servira de modèle à celle qui fera d'elle une demoiselle d'honneur, peu après ses quatre ans au coeur de l'étéElle avait clairement exprimé sa préférence pour le tissu couleur de framboise, celui avec les petits pois blancs. En coupant les morceaux m'est venue l'idée que c'était peut-être la dernière robe de ce genre que je cousais pour une de mes petites. Je crois que j'y ai mis, plus que d'habitude, cette envie de perfection, de sur mesure. J'ai décidé en silence qu'elle choisirait les petits boutons, que ce pourrait même être les coeurs qui sont dans ma boîte depuis des années et que j'ai gardés, je ne sais pour quelle raison, trouvant toujours une bonne excuse pour les laisser dans leur sachet. A son retour de l'école, les morceaux assemblés et posés sur un des mannequins ressemblaient beaucoup à la toilette de la demoiselle. Avant de bondir de joie, elle s'est assurée que c'était bien pour elle et puis, sans même avoir à essayer, elle a affirmé que c'était bien une robe qui tourne, une robe de fête, une robe qui m'avait fait rêver bien avant elle, du temps où je ne savais pas coudre...







